ENTRETIEN. « Les menaces qui pèsent sur la France évoluent très vite », selon le ministre des Armées

Avant de se rendre à Lorient le lundi 7 novembre 2022, Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a fait le point avec Ouest de la France dans le délai de soutenance.

Face aux problèmes économiques, sanitaires et sociaux, la défense est-elle toujours la principale préoccupation ?

La menace pour la France et la sécurité française évolue très rapidement. Depuis plus de 20 ans, la lutte contre le terrorisme armé est une priorité absolue pour nos militaires. Désormais, lit-on avec la guerre en Ukraine, c’est le retour de la haute intensité en Europe qui nous expose à de nouvelles menaces conventionnelles, parfois dans la voûte nucléaire ; Ensuite, des menaces hybrides apparaissent ensemble, qui est le détournement d’objets civils à des fins militaires : extorsion d’énergie, extorsion de matières premières alimentaires, guerre de l’information, cybermenaces, etc.

Au fond, notre feuille de route est simple : lorsque les menaces augmentent et varient, l’appareil de défense français – je n’utilise pas le mot « armée » car l’armée est l’acteur principal mais pas le seul – doit pouvoir y répondre. une nouvelle menace. Par ailleurs, la mise à jour de l’historique de notre système de défense restera l’un des points forts du bilan du président républicain.

Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu à Bourges, le 27 octobre, lors d’une visite au centre de formation des sous-officiers. | LEWIS JOLY / AFP

Une nouvelle loi de programmation militaire est en préparation. Quelles sont vos ambitions spécifiques pour l’armée française ?

Il y a une question importante d’autonomie stratégique. Nous garantissons désormais le rôle du pays cadre de l’OTAN en Roumanie, c’est-à-dire jusqu’à ce que la France fournisse la structure militaire nécessaire à un déploiement dont la taille peut croître en fonction de la menace. La Russie et les parties concernées sont nos alliés. Cette mission de défense à caractère dissuasif donne un modèle de ce que devrait être le format de notre armée, car peu de pays peuvent et savent le faire. C’est l’une des portes d’entrée de la prochaine LPM (loi de programmation militaire).

À son tour, cette autonomie comprend également notre dissuasion nucléaire, que nous continuons à moderniser. Enfin, notre capacité à devenir plus autonome dépend de nos approvisionnements en équipements et en munitions, ainsi que de la capacité de production et d’innovation de notre base technologique industrielle et de défense. J’ajoute aussi que notre autonomie passera aussi par la prise en charge des défis du cyber, de l’espace ou de la guerre de l’information.

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Dans le domaine naval, faut-il attendre un changement pour relever le défi ?

Dans le passé, en plus des combats navals traditionnels, la mer était utilisée pour attaquer la terre, en larguant des personnes ou en attaquant des cibles côtières avec des missiles. Aujourd’hui, la mer est devenue un espace de conflits et participe à la mondialisation des menaces. Nous regardons au fond de la mer : le sabotage du gazoduc Nordstream, la sécurité des câbles de communication.

Nous examinons également le refus stratégique d’accès à la mer pour entraver le commerce mondial. Donc, pour assurer notre souveraineté, nous devons nous adapter. Voici quelques nouvelles frégates, comme celle qui doit être lancée à Lorient lundi, à titre d’exemple. Je vous rappelle que la France n’est pas un pays comme les autres. Grâce à nos Outre-mer, notre surface maritime est l’une des plus importantes au monde et nous bordons le Pacifique ! C’est pourquoi notre marine doit être de cette taille. De plus, tout en conservant les instruments qui nous permettent de mener des opérations navales classiques, nous devons également nous moderniser, en disposant de drones sous-marins, selon l’espace. Les défis technologiques de demain sont très élevés.

Epaississement, massification, haute intensité… Au quotidien, de quoi avez-vous besoin ?

Premièrement : la masse repose principalement sur la disponibilité des équipements de la flotte. C’est un de ceux qui ont un hélicoptère, encore faut-il qu’ils puissent voler ! Pour la prochaine LPM, mais aussi dès le projet de loi de finances 2023, l’une des principales priorités est de renforcer les moyens alloués à la maintenance, la disponibilité des pièces de rechange et l’accès au carburant.

Deux : en France, nous avons une armée de travail, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays. Historiquement, notre armée a été impliquée dans de nombreuses opérations ; il est donc nécessaire de maintenir un haut niveau de formation afin d’être opérationnel à tout moment.

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Trois : ne manquez rien des fonctions de base et importantes. Par exemple, les services de santé, de restauration et de logistique des armées ne peuvent être négligés. Sans oublier les munitions. On voit en Ukraine que ces fonctions sont très importantes en première ligne.

En termes de chiffres, comment les associez-vous ? Avec plus à revendre ?

En réserve, nous sommes maintenant au milieu du gué. Cela ne me satisfait-il pas ? et je le dis en tant que ministre et en tant que réserve. La réserve est une collection de grands hommes qui parfois, en France, ne travaillent pas au même niveau. Cependant, il y a des pays, comme les États-Unis, qui utilisent des réserves plus qualifiées et plus efficaces.

Au pays, personne ne distingue les réservistes en uniforme de leurs homologues actifs. Ce sera là un autre point fort de LPM : comment disposer d’une réserve nouvelle génération qui puisse répondre quand la Nation en a besoin. Mais aussi, il peut fournir à l’armée une expertise technique sur des questions complexes. Cela contribuera au durcissement de notre modèle d’armée qui doit intégrer les connaissances civiles pour faire face aux menaces hybrides.

Les forces de réserve de la 9e brigade d’infanterie de marine en formation fin octobre à Angoulême. | 1 RIME

Dans la LPM en préparation, les ministres et les principaux décideurs militaires sont-ils réunis ?

Ce n’est pas le ministre d’un côté et les militaires de l’autre ! Des questions et des défis similaires se posent aux politiciens comme aux militaires. Avec le chef d’état-major des armées, nous avons travaillé ensemble pour bâtir cette loi. Nous écoutons toutes les démarches, qui ne sont pas les mêmes entre armées, entre générations d’officiers, selon la culture. Tout cela est une richesse. Par exemple, il faut trouver un équilibre entre les efforts qui seront faits sur les équipements déjà existants dans les armées et la part des innovations de rupture et des sauts technologiques qui seront acceptés pour l’avenir.

Et le Service National Universel… Où en est-on après l’expérimentation de cette année ?

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Le président républicain s’exprimera sur ce sujet dans les prochaines semaines. Au SNU, nous sommes entre les deux car la phase expérimentale est terminée et maintenant nous devons tirer des conclusions pour l’avenir. Il est clair que l’UNS, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est appelé à évoluer. Sarah El-Haïry travaille sur un retour d’expérience complet, ce qui est important pour tirer les leçons qui éclaireront la prochaine version de l’UNS. Par exemple, parvenir à la mixité sociale reste un défi : le SNU doit être un accélérateur républicain et social, comme le service militaire par le passé.

Un jeune du Service National Universel de la base aérienne de Luxeuil-Saint Sauveur. / AFP / SEBASTIEN BOZON | AFP

En défense, l’opposition est-elle dans les nuances constructives ou dans la distraction ?

Le vote de la LPM répondra à cette question. Mais j’ai remarqué qu’il y a un décalage entre les idées de la campagne électorale et ce qui se passe dans l’hémicycle. Pendant la campagne, le RN et le LFI ont fini par remettre en cause la participation de la France à l’Otan, ce qui envoie un terrible signal de solitude stratégique à tous nos partenaires – les Européens en tête – mais aussi à nos concurrents. Il ne faut pas oublier que la France est un pays fondateur de l’Otan, même si le général de Gaulle – et le président Macron s’inscrit dans cette tradition – veille à ce que nous gardions la liberté à l’intérieur.

Pourtant, plus personne ne parle de cette question dans l’hémicycle, et pour cause : ce n’est pas sérieux. Autre exemple : Jean-Luc Mélenchon a remis en cause le principe de la dissuasion nucléaire pendant la campagne. Depuis, l’élu LFI est resté muet sur ce dossier. Pour le RN, demander parfois une augmentation de crédit qui a été choisie… Bref, je pense que l’opposition a du mal à informer Emmanuel Macron que le travail est fait et je vois sur des sujets stratégiques comme la dissuasion ou notre alliance, il y a un grand silence gêné ou approximations peu rassurantes. Difficile de supposer que les propositions électorales riment, au final, avec l’agenda fragilisant de la France.

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